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La Clichéterie : étude des clichés de genre dans la littérature à l'eau de rose

  • mthibaudaultpro
  • il y a 3 jours
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Vous reprendrez bien un peu d'eau de rose ?

Enfant du début des années 80, j'ai grandi avec à portée d'yeux tout un tas de romans fort instructifs d'un genre assez addictif : la littérature à l'eau de rose. Quelle belle expression ! Le site Spherama la définit comme "une œuvre ou un discours empreint d'un sentimentalisme jugé excessif, superficiel ou peu réaliste." (lire l'article entier) Toujours est-il que, en bonne éponge que je suis, j'ai intégré tous les clichés qui s'y trouvaient., et qu'ils se sont incrustés dans ma construction en tant que jeune fille, puis que femme, et dans mes relations sentimentales.


Des clichés qui clochent...

C'est assez récemment, en écumant les boites à livres, que je suis tombée par hasard sur un bel ouvrage à la couverture fleurie, sur laquelle figurait seulement le titre : Azur et Or. Pas de résumé, pas d'image, des pages un peu jaunies, un livre intrigant. J'y ai découvert une romance des années 70, plutôt bien écrite, une version haut standing des romans Harlequin. En le lisant - oui, parce que je l'ai lu quand même - j'ai été frappée d'emblée par le vocabulaire utilisé pour décrire les personnages féminins et masculins, un lexique opposé et marqué. Les manières de se comporter des personnages étaient, selon leur sexe, également très différentes. Bref, ce bouquin était imprégné de jolis clichés, étalés là en toute impudeur. Et, s'ils m'ont sauté aux yeux aujourd'hui, ça n'était pas le cas lorsque j'étais adolescente, même si je me souviens avoir été perturbée par certains profils de personnages, masculins notamment.


Je suis donc retournée à mes boîtes à livre pour y pêcher cette fois Harlequin, Nous Deux et autres viviers à clichés. Je n'ai pas été déçue ! Plus je lisais et prenais des notes, plus j'étais effarée. Et plus je prenais conscience des idées que j'avais ingurgitées comme autant de vérités mais que je ne cautionnais absolument pas.


La Clichéterie : étude des clichés de genre dans la littérature à l'eau de rose | caviardage

... et qui choquent

Le vocabulaire déjà : aux personnages féminins grâce, beauté, vulnérabilité, fragilité, classe, hésitation, maladresse... Aux personnages masculins l'âge, l'expérience, l'influence, la beauté hypnotique et inquiétante, l'humeur changeante, la colère et le caractère autoritaire.


Les mêmes schémas se retrouvent ensuite d'une histoire à l'autre : une scène en début de livre met en présence une femme et un homme dans une situation où la femme commet un impair qui met l'homme en colère, de préférence dans un lieu public, important pour ressentir de la honte. Le ton est donné, la pauvre jeune femme va ramer, entre quiproquos, chaud et froid, pour se faire aimer de l'homme orgueilleux, qui bien sûr est amoureux d'elle depuis le premier regard mais ne sait pas le lui exprimer autrement qu'en étant menaçant, voire violent.


C'est donc tous ces codes délétères que j'ai assimilés comme autant de normes : oui, un homme qui me parle mal, qui me laisse dans l'attente, qui change d'avis, qui est disponible pour moi quand ça lui chante, c'est normal. Comment s'étonner ensuite de ressentir de l'insécurité sans pour autant savoir la reconnaître comme telle ? Comment transmettre à nos filles une idée saine du respect que l'on est en droit d'attendre et que l'on se doit de recevoir ? Comment enseigner à nos fils que masculin ne rime pas avec malsain ? C'est tout à fait problématique.


La transformation

Alors j'ai voulu me faire alchimiste et transformer ces clichés nocifs en quelque chose de beau, qui me ferait grandir et sortir du carcan d'une vision étriquée des relations humaines, notamment les relations amoureuses entre femmes et hommes. C'est ainsi qu'est né le projet de la Clichéterie - ou étude des clichés de genre dans la littérature à l'eau de rose - façon Petit Tamis.


J'avais depuis longtemps envie de faire du caviardage (fait d'isoler certains mots d'un texte pour les mettre en exergue) mais ne me le permettais pas, le livre étant pour moi un objet proche du sacré. Autant dire que là l'occasion était trop belle, et je me suis lancée avec délice dans l'entreprise : lire, décortiquer, noter, me marrer, râler, extérioriser, et enfin le meilleur : transformer. Transformer en choisissant soigneusement les mots qui formeraient une nouvelle idée, une nouvelle poésie, un nouvel univers positif et plein d'espoir.

De fil en aiguille, l'envie d'imprimer mes linogravures sur ces pages a suivi, puis l'ajout de papier artisanal, nourrissant le projet encore et encore.


La Clichéterie : étude des clichés de genre dans la littérature à l'eau de rose | linogravure

La Clichéterie, un projet thérapeutique

Ça n'est pas un scoop, l'art est un exutoire, il permet d'exprimer et de se libérer - parfois de manière inconsciente - des points noirs existentiels. Ce projet agit pour moi comme une thérapie en ce sens qu'il m'offre de remettre ma féminité - et la féminité de manière globale - au niveau qu'elle mérite (c'est à dire au plus haut !), de construire enfin mon imagerie des relations humaines.


Il y a beaucoup à dire sur le sujet de la représentation du féminin et du masculin et sur les clichés de genre dans la littérature, sur la manière dont nos lectures influent sur notre conception du monde, sans que nous ayons toujours le recul nécessaire pour les remettre en question. C'est ce pas de côté que j'initie aujourd'hui.


Le projet en est encore à ses débuts, j'espère qu'il vous parlera et pourra se faire la voix d'un futur plus harmonieux !


Petit Tamis et la Clichéterie à la Maison des Utopies Magnifiques de Trentemoult (Rezé, 44) - Mars 2026

 
 
 

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